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Madame Marie:

Nous avons eu de nombreux soldats ayant les pieds gelés. Un froid intense régnait sur le champ de bataille durant ces années. Cette nouvelle pathologie était dénommée : " pieds de tranchées". Cela était un des principaux maux connus pas ces hommes. Les soldats une fois arrivés chez nous, il n'était pas rare qu’il fallût les amputer.
A noter également l’effroyable guerre chimique à Verdun. Nos soldats et leurs médecins eurent à combattre la soif, la boue, le froid et pour comble de malheur : les gaz. C'est à Ypres que les Allemands utilisèrent pour la première fois les gaz de combat. Ce type de guerre a fait ses débuts le 22 avril 1915. Les Allemands avaient progressé et mis au point des obus qui remplaçaient les bouteilles d'air comprimé.
Les moyens de protection étaient rudimentaires et personne n'était préparé à une telle agression. Il s'agissait d'obus provoquant une très grande toux, une irritation et parfois même un œdème aigu des poumons. Tous les soldats furent désemparés. Ils ne savaient pas utiliser leurs masques très rudimentaires Plus tard encore, en 1918, les Allemands utilisèrent les obus remplis d'ypérite. Ce gaz était aussi appelé était gaz moutarde à cause de son odeur.
Il faut savoir que l'ypérite attaque prioritairement les muqueuses humides, soit les poumons et les lèvres. Il rend la peau moite et les yeux, rendant ainsi les victimes aveugles. Cela qui compliquait encore notre prise en charge et les soins des blessés. Maintenant, je dois vous parler aussi de nos " pauvres gueules cassées". L'expression " gueules cassées " fut inventée par le Colonel Picot, premier président de l’Union des Blessés de la Face et de la Tête.
Elle désigne les survivants de la Première Guerre mondiale ayant subi une ou plusieurs blessures au combat et affectés par des séquelles physiques graves, notamment au niveau du visage. Ces hommes profondément marqués psychologiquement par le conflit, ne purent regagner complètement une vie civile. Pour les cas les plus graves, ils furent internés à vie. Je laisse le soin à nos "3 poilus" de vous parler des "Fusillés pour l’exemple".
Je vous quitte car je dois retourner faire des soins et des opérations. Je vous en parlerai une autre fois.

Les fusillés pour l'exemple des gueules cassées

Jules:

Robert, Albert et Gaston, avez-vous entendu parler de rébellion parmi les soldats?

Albert:

En ce qui me concerne, j’ai entendu un bruit qui court parmi les tranchées, depuis quelque temps. Mais pour moi, cette rumeur est plutôt épouvantable. Je vais vous lire le papier qui circule, car un ami m’en a procuré un.

" Sachez que 650 soldats français ont été passés par les armes durant les quatre années du conflit. Beaucoup de ces condamnations étaient sans commune mesure avec les fautes commises. La peine capitale, c’est ce que prévoyait, en 1914, le code militaire pour un certain nombre de comportements : un abandon de poste en présence de l'ennemi, un refus d'obéissance, une voie de faits sur supérieur, une révolte…
Entre les balles ennemies, le déluge de feu des bombardements, la confusion des assauts, les gaz, les fumées, les morts, bien des soldats se retrouvaient totalement désorientés, pétrifiés, totalement perdus… et refusaient de combattre. Étaient-ils de bons soldats anéantis par la violence du choc ? Ou des lâches fuyant le combat ? Les réponses ont été diverses, parfois injustes… Et puis en 1914, la France bat en retraite. Les Allemands sont à 30 km de Paris.
Joffre est obligé de prendre des mesures désespérées : "Les fuyards doivent être recherchés et passés par les armes." L'instruction est bâclée, il n'y a pas de procédure d'appel, cela s'apparente à des exécutions sommaires. L'essentiel des exécutions va avoir lieu au tout début de la guerre. 206 d'août à décembre 1914, 296 pour toute l'année 1915, 136 en 1916, 89 en 1917, 14 en 1918. D’autres ont été tout simplement tirés au sort parmi ceux qui avaient reculé devant une attaque allemande.
En fait, ils avaient tout simplement obéi à un ordre de repli. Les militaires vont se rendre compte que ces exécutions n'ont pas l'effet recherché. Du reste, pendant les grandes mutineries qui vont voir près de 40 000 à 80 000 soldats se rebeller, on ne comptera que 30 exécutions capitales.
Dès la fin de la guerre, des associations d'anciens combattants ont demandé la réhabilitation pour des soldats fusillés pour l'exemple, et une cinquantaine a été réhabilitée dans les années 20 et 30. Il est faux de dire que le sujet est tabou. Aujourd'hui, nous comptons près de 200 noms de fusillés pour l'exemple non réhabilités sur les monuments aux morts français ".
Voici ce que je voulais que vous sachiez tous les deux.

Robert:

Ce que tu nous apprends est pour le moins inquiétant. Moi aussi, plus d’une fois, j’ai eu envie de me rebeller. Toujours obéir sans vraiment comprendre ce que l’on nous obligeait de faire! J’en avais assez. Je vais vous raconter l’histoire de la Chanson de Craonne. Elle fut écrite en 1917. Son auteur est une personne anonyme.

Je vous lis le 1er couplet et le refrain.

1er Couplet Refrain
" Quand au bout de 8 jours, le repos terminé,
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c’est bien fini, on en a assez,
Personne ne veut plus marcher,
Et le cœur gros, comme dans un sanglot
On dit adieu aux civelots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s’en va là-haut en baissant la tête. "
Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme,
C’est à Craonne, sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau,
Car nous sommes tous condamnés,
C’est nous les sacrifiés.
Les Journées Européennes du Patrimoine 2015

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