Durée de lecture : 18 min

Gaston :

J’ajouterai que le pain avait souvent un goût de terre. Le vin est un vrai tord-boyau. Les biscuits doivent être trempés dans l’eau pour pouvoir les avaler, sinon ils nous restent au travers du gosier. Quant au riz, il est cuit dans un sac pour l’empêcher de coller. Les haricots rouges sont durs comme des cailloux, tout comme les lentilles.

 

Jules:

Madame Dupré, votre mari vous a-t-il écrit pour vous raconter à quoi les soldats s’occupaient quand ils ne combattaient pas ?

Madame Dupré :

Oui, je vous livre une de ses dernières lettres.

" Bonjour Anne.

Pendant leur désœuvrement, les soldats ont diverses occupations : les jeux de cartes, la conversation et l'écriture. Certains passe-temps ne sont pas accessibles à tous, comme la photographie. Les soldats des milieux urbains peuvent se faire offrir un petit appareil photo, pour ramener des souvenirs du front.
D'autres fabriquent des objets, des bijoux avec toutes sortes de matériaux fournis par les douilles, les ceintures d'obus, les boutons d'uniformes. Comme tu le vois, ma chère femme, nous meublons notre temps comme nous le pouvons. Nous faisons tout cela à la lueur des bougies.
Quand celles-ci sont épuisées, nous nous éclairons avec du gras de bœuf, mis dans une boîte à sardines et d’un lacet de soulier faisant office de mèche. Nous tuons le temps aussi en fumant et en écoutant un camarade jouer de l’harmonica. Je te quitte pour aujourd’hui. Je t’embrasse tendrement ainsi que nos 2 enfants. Réponds-moi vite, car j’ai vraiment le mal de vous tous.

Ton René."

Madame Voger :

Dans une de ses lettres, mon mari me parle surtout de la fabrication de briquets.

"Bonjour Sophie.

Le briquet du "poilu", ou briquet de tranchée, fut l’une des premières fabrications des soldats sur le front. Les allumettes, peu discrètes et moins fiables, furent vite remplacées par le briquet à essence, facile à fabriquer. Très vite les soldats en permission ramenèrent " aux copains " le nécessaire de base : une molette et une pierre à briquet aisément trouvable chez tous les commerçants. Il s’agissait ensuite de concevoir un petit réservoir pour y placer un morceau de coton imbibé d’essence.
Le briquet du "poilu" accompagne rapidement la majorité des soldats, quelle que soit leur nationalité. Il peut être en laiton, en cuivre mais aussi en aluminium ou en bois. On réalise alors des pièces de plus en plus soignées. Le briquet ne reste plus dans la poche. On le montre comme un trophée sur lequel est inscrit le lieu d’un combat ou une date symbolique, une caricature de l’ennemi ou sa bien-aimée laissée au foyer.
Certains insèrent même une photo de leurs proches, femme ou enfants. Je te quitte, Sophie, car je dois faire un brin de toilette. Cela n’est pas une mince affaire. Je te raconterai cela dans mon prochain courrier. Je t’embrasse. Donne le bonjour à toute la famille et à nos voisins.

Philippe."

Jules:

Mesdames, une autre question me brûle les lèvres. Que faisiez-vous pendant que vos maris étaient au combat ?

 

Madame Dupré:

Afin d’assurer le quotidien de la ferme, nous nous se consacrions à la culture des champs. Bien qu’aidées par les personnes âgées et les enfants, nous dirigions les exploitations dans bien des cas, aux limites du surmenage et de l’épuisement. Les travaux agricoles, auxquels nous n’avions pas été préparées, exigeaient de nous une grande force physique.
Les chevaux étant réquisitionnés pour le front et on voyait des femmes se mettre à plusieurs pour tirer elles-mêmes une charrue. A cela, s’ajoutait le poids de l’éloignement de notre mari ou de nos fils. Les paysans étaient envoyés en priorité au front, les ouvriers et les employés étant affectés plutôt à des missions de soutien de l’armée.
Nous, les paysannes nous étions donc confrontées plus que les autres femmes au veuvage.

Madame Voger:

Quant à moi, cela était différent, car je n’habitais pas à la campagne, mais à la ville. Avec mes amies, nous étions de simples ouvrières dans de nombreux domaines. La mobilisation en 1914 avait entraîné une baisse de 20 % des effectifs de la main-d’œuvre masculine dans les usines.
Les femmes travaillent alors dans les ateliers de confection, notamment pour coudre des vêtements pour l’armée. On les trouve aussi dans les conserveries, les chocolateries et à hauteur de 7 % dans la métallurgie. Après les premières semaines de guerre, il est décidé de développer la production d’armements, en particulier celle des obus.
Mais elles sont au contact de fumées toxiques, de gaz, de produits corrosifs et de machines coupantes utilisées sans gants. Elles sont très nombreuses à participer, en 1917, aux grèves et aux manifestations lancées par leurs consœurs de la confection pour obtenir une augmentation de leurs salaires et le retour de leurs maris partis au front.
Dès la fin de la guerre, les usines d’armement ferment et les femmes sont renvoyées dans leur foyer avec une maigre indemnité.

Jules :

Madame Marie, Vous avez été infirmière du début de conflit. Pouvez nous raconter à quels problèmes vous avez été confrontés pour soigner tous ces pauvres soldats?

Les Journées Européennes du Patrimoine 2015

Partagez :

Étiqueté avec :                            

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *